Castanéiculteur passionné

Emanuele Barbieri, Pianello

En quelques mots

Emanuele Barbieri est ingénieur agricole et docteur en économie. Passionné des arbres depuis toujours, il est devenu castanéiculteur en 2009. 

Il possède un verger de 50 hectares à Pianello. Il y supervise toutes les activités et bénéficie des conseils d’excellents ingénieurs arboristes grimpeurs d’Europe pour la rénovation. Il est d’ailleurs lui-même grimpeur, il aime monter sur ses arbres monumentaux pour étudier leur écosystème.

« La châtaigneraie de Pianello est l’une des plus anciennes d’Europe. Sur 50 hectares se concentrent près de 1000 arbres dont plus de la moitié sont âgés de 500 et 800 ans, sous l’œil du patriarche : un arbre avoisinant les 1000 ans ! » (gustidicorsica)

Actuellement, Emanuele donne des cours en économie dans une école privée pour subvenir à ses besoins suite aux pertes engendrées par le cynips dans sa châtaigneraie. 

Je lui ai posé quelques questions sur les châtaigniers et sur ses études botaniques. Pour vous présenter le sujet, je vous laisse avec cet extrait où Emanuele nous parle de l’origine de sa relation avec les arbres.

Extrait d'interview audio

L’origine d’une passion

Pourquoi la Corse ?

Ma famille est venue de Toscane en Corse pour travailler, j’ai grandi ici et j’y ai fait mes études. Mais si j’ai choisi de rester en Corse, c’est uniquement parce que Pianello est la plus ancienne châtaigneraie d’Europe. Si elle avait été en Bosnie, je serais allé en Bosnie. Je n’ai pas vraiment d’attachement à l’île, il n’y a que les arbres qui comptent pour moi.

Parle-moi du cynips

Dans mon verger, j’ai perdu plus de 80 % de production. C’est grave économiquement pour moi, mais ce n’est pas grave en soi. Ce qui est alarmant, c’est que l’arbre produit de moins en moins de feuilles et ainsi fait de moins en moins de photosynthèse. La photosynthèse qu’il arrive à faire n’est plus suffisante pour stocker suffisamment de carbone pour permettre à l’arbre de survivre, donc on a des arbres qui sèchent. 

Quand tu perds des arbres qui ont 700 ans, en termes de valeurs patrimoniales, c’est terrible. L’histoire de mon chiffre d’affaires n’est pas comparable. Ces arbres ont permis d’alimenter des dizaines de générations, ta petite vie comparée à ça est complètement insignifiante.

Extrait d'interview audio

Les antennes des châtaigniers

Doit-on soigner « les antennes » ?

Quand tu tailles « du sec » dans un parc par exemple, tu réduis le risque de blessure, que quelqu’un se prenne une branche. Mais en dehors de ça, l’arbre n’a absolument pas besoin de nous. Dans la nature, c’est les fourmis qui font le travail. Elles grimpent dans l’arbre et elles grignotent les branches dont l’arbre n’a plus besoin.

Actuellement, ce qui est inquiétant c’est le déficit hydrique dû au réchauffement climatique, et la rapidité à laquelle il se met en place. L’arbre peut s’adapter à de fortes sécheresses, mais moins à un système bouleversé comme le nôtre. Dans cette situation on peut « sauver » des arbres multicentenaires, je m’autorise à utiliser ce terme. Pour cela, on peut réduire un peu son architecture, ce qui accélérerait certaines activités qui prendraient peut-être 50 ans. Cela permet à la partie végétative d’être beaucoup plus résistante au déficit hydrique.

Est-ce que tu ramasses tes châtaignes à la main ou tu disposes des filets ?

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Le petit vers corse

On préfère faire travailler plus de monde plutôt que faire fonctionner des machines, ce sont tous des associés en plus. Durant cette période, entre le 15 octobre et le 15 décembre, les fruits sont récoltés une à deux fois par jour.

Parle-moi de tes recherches autour de la communication entre les arbres.

Avec mes écoles d’ingénieurs, j’ai fouillé la question. Déjà pendant mon BTS forêt, j’ai organisé des chantiers de gestion de forêt où l’on devait parfois tailler des arbres. J’avais l’impression que notre présence les faisait changer : quand on coupait le premier, le suivant était, soit plus résistant, soit plus dynamique. Je me suis dit empiriquement « ils se sont parlés ».

À la fin des années 90, quand j’ai commencé à organiser des chantiers de taille pour de l’entretien, la plupart des grimpeurs me confirmaient mon hypothèse. Ils me disaient qu’au début c’était presque facile de couper à la scie à main et après ils avaient la sensation que l’arbre se rigidifiait sur le même tronc. En 2007, lorsque j’ai entrepris moi-même de grimper, j’étais étonné par ce changement radical des arbres.

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Les recherches autour de la communication entre les arbres

Est-ce que tu as communiqué autour de tes recherches ?

Extrait d'interview audio

L’utilisation des médias

Je n’avais pas envie de raconter ce que je découvrais sur la communication entre les arbres. J’avais presque le désir de garder cela comme un secret. 

Après, avec un petit groupe très restreint, on s’est dit que l’on pourrait partager cela avec des arboristes grimpeurs pour les aider à mieux soigner les arbres. C’est ce que nous avons fait. Je pense que toutes nos recherches ne méritent d’être partagées qu’avec des personnes qui soignent. Je pense que l’on ne peut pas donner ce genre d’information à des gens qui ne sont pas dans le « care », qui ne sont pas là par passion, mais pour l’argent.

Penses-tu que tes châtaigniers ont survécu à d’autres évènements  ?

Déjà, le terme « châtaigneraie millénaire » est un abus de langage. Ils n’ont pas tous mille ans, mais pour la plus grande majorité plus de 500 ans. Évidemment qu’ils ont vécu des histoires climatiques, des sécheresses, la présence du chancre qui est arrivé après la Seconde Guerre mondiale, bien sûr qu’ils ont survécu à des situations probablement pires que celles du cynips. L’arbre est séducteur, il sait qu’il y aura de la perte. Il motive les hommes à replanter, ou à soigner.

Les arbres nous séduisent ?

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Les arbres séducteurs

En fait, notre seule et unique utilité sur terre, c’est de transporter les fruits des arbres. Parce que l’arbre avec ses feuilles fait de la photosynthèse et après produit de l’oxygène.

À mon avis, le châtaignier est l’arbre le plus séducteur qui soit.

Contact

Emanuele Barbieri
Hameau Pianellucciu, 20272 Pianello
06 71 88 52 63
valdibura29@gmail.com